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Aéroport NDDL : "Folie des grandeurs" selon les pilotes

6 Octobre 2009 Publié dans #Aéroport Notre- Dame-des-Landes

mardi 06 octobre 2009 Ouest France

Des pilotes : un nouvel aéroport pour quoi faire ?
 

« À Londres, le dixième aéroport du monde accueille 34 millions de voyageurs et n'a qu'une piste, comme à Nantes... ». Photo : Archives / Franck Dubray

« À Londres, le dixième aéroport du monde accueille 34 millions de voyageurs et n'a qu'une piste, comme à Nantes... ». Photo : Archives / Franck Dubray

Faut-il construire un aéroport tout neuf à Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes ? « Folie des grandeurs », pointent deux pilotes chevronnés. Ils survolent la métropole nantaise régulièrement.


Ces deux commandants de bord appartiennent à une compagnie aérienne basée à Nantes. L'un d'eux est représentant du personnel. Ils ont souhaité garder l'anonymat.



Que pensent les pilotes du projet d'aéroport à deux pistes parallèles envisagé à Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes ?

Ça ricane. On se moque des hommes politiques décidés à construire un projet pharaonique, un grand aéroport de l'Ouest à quatre millions de passagers, dans un contexte où, au mieux, hors crise, le trafic en Europe ne progresse que de 1 %. Contrairement à l'Asie, qui fait des scores à 5 % et plus.

Pourquoi ces moqueries ?

Parce qu'à Londres-Gatwick, le dixième aéroport du monde, qui accueille 34 millions de voyageurs, il n'y a qu'une piste, comme à Nantes, où on n'en a que 2,7 millions. Et ne parlons pas de Genève, où l'on n'a qu'une piste et du relief autour.

Que répondez-vous à ceux qui avancent le danger du survol de Nantes ?

Pourquoi cet argument aujourd'hui, alors qu'on survole Nantes depuis trente ans sans incident, hormis cette histoire de charter perdu (1) ? Lorsqu'on se pose à Londres, on longe la Tamise. On survole aussi Amsterdam, Paris, Toulouse...

Construire un nouvel aéroport, c'est quand même diminuer les risques, non ?

Si on veut dépenser des sommes folles pour cette seule raison du survol de Nantes, alors c'est légitime, car on ne peut, pour l'instant (mais la technique évolue vite), éviter la ville avant l'atterrissage.

Nous nous posons toutefois des questions : pourquoi ne nous permet-on pas de faire une approche à vue par beau temps ; ça éviterait de survoler toute la ville ? Pourquoi l'aéroport actuel ne s'est-il pas équipé d'un deuxième ILS, un instrument électronique très précis de navigation pour l'atterrissage, qui nous permettrait une approche de précision et une sécurité béton en survolant Nantes ?

Notre-Dame-des-Landes n'offre-t-il pas l'occasion de drainer une nouvelle clientèle dans l'Ouest et au-delà ?

Allons, ce n'est pas un nouvel aéroport qui nous donnera une liaison régulière Nantes-San Francisco ! On réduit la toile partout. Le trafic ne va pas redémarrer comme en 14... On n'est pas dans une crise passagère, comme celle de l'après-11 Septembre. Et on pourrait bien avoir Notre-Dame-des-Landes et les compagnies à bas coûts, comme Ryanair, ailleurs, car elles ne voudront pas payer les taxes aéroportuaires. Et que deviendra l'aéroport de Rennes avec cette concurrence nouvelle ? Et l'aéroport d'Angers, qui n'accueille même pas une seule compagnie aérienne régulière ?

Les deux pistes ne sont-elles pas une chance de développement économique ?

Deux pistes, c'est du délire ! Le trafic ne le justifie pas. Il y a plein d'endroits où les pistes moisissent. À Bordeaux, on n'utilise plus la deuxième piste. À Metz-Nancy, on a une piste magnifique créée il y a quinze ans, mais personne n'y va.

Et que répondez-vous aux riverains de Nantes-Atlantique qui souffrent du bruit et veulent le transfert ?

Les avions font du bruit. Mais il y aurait moins de problèmes si on n'avait pas laissé construire autour de Nantes-Atlantique. D'ailleurs, qui peut garantir que ça ne recommencera pas à Notre-Dame-des-Landes, où la pression foncière et immobilière se fait déjà sentir ? Pour l'heure, seules certitudes : on va gâcher un énorme espace agricole. Et ça va coûter très cher : 600 millions d'euros, un milliard, deux milliards... on ne sait pas. Mais pour quelle véritable utilité ?

Recueilli par Gaspard NORRITO.



(1) Les pilotes font allusion à l'incident du 21 mars 2004. Par mauvais temps, un avion avait fait un écart de trajectoire et s'était retrouvé très bas, avant de remettre brusquement les gaz.

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