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La réduction des pesticides ne se fera pas sans une révolution des pratiques

30 Janvier 2010 Publié dans #Agriculture - OGM

La réduction des pesticides ne se fera pas sans une révolution des pratiques

AGRICULTURE - Actu-Environnement.com - 28/01/2010

Menée par l'INRA dans le cadre du plan Ecophyto 2018 qui vise à réduire l’usage des produits phytosanitaires, l'étude Ecophyto R&D évalue les techniques et les pratiques pour dessiner des scénarios réalistes de réduction progressive des substances.

Avec 76.000 tonnes de substances actives vendues par an, la France est le premier consommateur de pesticides en Europe et le troisième au niveau mondial. L'utilisation régulière de ces produits a des conséquences néfastes pour l'environnement et la santé. En 2007, selon le MDRGF (Mouvement pour les droits et le respect des générations futures), 52,1 % des fruits et légumes (contre 45 % en 2006) contenaient des résidus de pesticides en France, avec 7,6 % de dépassement des limites maximales en résidus (LMR) contre 6 % l'année précédente. Les produits phytosanitaires sont soupçonnés d'être cancérigènes et perturbateurs endocriniens…
Pourtant, les pratiques intensives, qui utilisent près de 50 % de pesticides en plus que la moyenne française ont des gains de production modérés (5 % pour les grandes cultures).
Le Grenelle de l'environnement a pointé du doigt l'usage intensif de pesticides dans les cultures françaises. Les recommandations ont abouti à la mise en place du plan Ecophyto 2018 qui vise une réduction de 50 % des produits phytosanitaires d'ici huit ans ''si possible'' et le retrait progressif du marché des produits contenant les 53 substances actives les plus préoccupantes. Mais les moyens à mettre en œuvre pour réaliser cet objectif n'ont pas réellement été définis. L'étude Ecophyto R&D, commandée à l'INRA par les ministères en charge de l'Agriculture et de l'Environnement, visait à préciser les contours de la mise en œuvre de cet objectif. Les différentes cultures françaises et les pratiques inhérentes à ces cultures ont été étudiées sur l'année 2006 afin de pouvoir dessiner différents scénarios réalistes de réduction progressive des substances actives.

Les grandes cultures et la vigne, grandes consommatrices de pesticides

Selon le Réseau d'information comptable agricole, sur les 25,4 millions d'hectares de surface agricole cultivée (SAU) des exploitations, 14,4 millions consomment 96 % des pesticides (11,7 millions d'ha correspondent à la jachère ou aux surfaces toujours en herbe). En 2006, la pression pesticide globale en France incombe à 67 % aux grandes cultures (céréales, oléagineux, protéagineux, betteraves, pommes de terre…). La viticulture représente 14 % de la pression alors qu'elle ne constitue que 3,3 % de la SAU. De plus, cette production peut donner lieu à des pressions locales fortes, tout comme l'arboriculture (5 % de la pression pesticide) et l'horticulture (5 %). La pression varie selon les cultures : la pomme de terre et le colza sont très consommateurs de substances actives contrairement à la culture du tournesol, la pomme de table est le fruit qui nécessite le plus une assistance chimique (36 traitements) contre 2 à 5 pour les kiwis.
Alors que les zones herbagères sont les régions où la pression pesticide est la plus faible, les régions de grandes cultures (nord de la France), les régions spécialisées dans les cultures fruitières (Vallée du Rhône et sud-Ouest notamment) et les zones pratiquant l'horticulture et les légumes en plein champ (ceinture parisienne, Bretagne, Provence, Landes) sont fortement impactées. Les vignobles sont les plus touchés par la pression pesticide.

Grandes cultures : des progrès plus ou moins importants selon les cultures

Près de 30 % des parcelles de grandes cultures utilisent des pratiques intensives, c'est-à-dire qu'elles reçoivent le plus de pesticides. Quatre autres types de pratiques ont été étudiées : raisonnée (selon les recommandations des avertissements agricoles), protection intégrée (combinaisons de mesures agronomiques prophylactiques), production intégrée (protection intégrée associée à un raisonnement des successions de cultures) et biologique.
L'étude conclut qu'il est possible de réduire de 3 à 40 % le recours aux pesticides en moyenne, selon les cultures, par rapport au mode de production intensif, sans affecter le niveau de production.
En allant plus loin (protection et production intégrées), il est possible de réduire de 37 à 62 % le recours aux pesticides en augmentant la marge brute mais en diminuant les rendements de 10 (céréales à paille) à 15-20 % (colza pommes de terre). Cela passe par un ''retour à l'agronomie'' : travail sur la date et la densité du semis, le choix variétal, la rotation des cultures…
Les cultures les plus sensibles aux bioagresseurs (colza, pommes de terre) sont les plus affectées par des pratiques économes en pesticides.

Cultures légumières : un manque de recul sur les pratiques alternatives

L'étude s'est penchée sur 6 cultures légumières représentant 40 % des surfaces et 48 % du tonnage produit en France métropolitaine (carotte, chou-fleur, haricot vert, laitue, melon, tomate). Elle a permis de souligner que de nombreuses pratiques alternatives à l'utilisation des pesticides ont déjà été développées par les producteurs : greffage, paillage plastique du sol, bâche ou culture sous abris, solarisation, bio-désinfection du sol. Utilisées seules ou en combinaisons, ces méthodes permettent de réduire l'usage des pesticides. Cependant, ces pratiques ne sont pas sans conséquences pour l'environnement…
D'autres méthodes agronomiques sont préconisées : longues rotations, maîtrise de la fertilisation et de la vigueur de la culture, techniques d'irrigation, maîtrise du climat sous abri (température et humidité), agents de lutte biologique. Mais le manque de données statistiques et le faible recul sur les nouvelles méthodes développées ne permettent pas à l'étude d'identifier des pistes précises.

Fruits et vignes : un nécessaire bouleversement des pratiques

Concernant les cultures pérennes, le passage d'une méthode intensive à une méthode alternative permet de réduire l'usage des pesticides mais impacte fortement le rendement. Le recours aux méthodes alternatives est rapidement freiné. Selon l'étude, la réduction de l'usage de substances actives nécessitent des révolutions dans les pratiques (reconfiguration des vergers pour appliquer la confusion sexuelle, évolution des équipements et accroissement de la main d'œuvre dans les vignobles…).

Finalement, l'étude conclut que la généralisation de la protection raisonnée, qui correspond approximativement à la situation moyenne en France (autant sur le plan de la pression pesticide que sur celui de la production), ne permettrait pas une réduction substantielle du recours aux substances actives.
L'emploi de techniques de protection intégrée permettrait une baisse de la pression d'un tiers, pour une baisse de production de 6 % en grandes cultures et nulle en culture fruitière (avec la généralisation de la confusion sexuelle).
Quant à la généralisation de l'agriculture biologique, elle serait marquée par des baisses de productions importantes.
Le respect de l'engagement du Grenelle passerait donc, selon l'étude, par une généralisation de la production intégrée. Cela correspondrait à une diminution de la pression pesticides de 50 % en grandes cultures, de 37 % en vigne, de 21 % en arboriculture et une suppression de tous les traitements sur les prairies pour des baisses de production respectives de 12 %, 24 % et 19 %. Soit une perte de 3,5 milliards d'euros (sur la base de 2006), à relativiser car 1,9 milliard est imputable à la viticulture, où le lien entre rendements et recettes n'est pas automatique. De plus, la diminution du recours aux pesticides s'accompagne d'une baisse des charges pour les producteurs.
En conclusion, ''il ne s'agit pas d'effectuer un changement simple des techniques, mais de mettre en œuvre une nouvelle conception des systèmes de production, ne se limitant pas à une lutte contre les bioagresseurs mais permettant une régulation de ces agressions. Au delà des effets sur le niveau de production et les marges, des modifications dans les stratégies et l'organisation de filières seraient nécessaires''.

Sophie Fabrégat.
Publié dans Actu Environnement


Les pesticides et leur impact sur notre alimentation et notre santé : un des sujets qui m'ont fait m'engager en politique. Depuis j'ai pris le temps de lire et d'aller écouter G.E.SERALINI (biologiste), Jean-Marie PELT (botaniste), D. Belpomme (cancérologue).

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Chatal Paul 01/02/2010 19:47


J'ai lu avec beaucoup d'intérêt l'article sur les pesticides . J'en partage complètement l'esprit, et le contenu, à quelques nuances près .
Ainsi, si le kiwi (exemple cité) exige moins de protection contre insectes et maladies,c'est un fruit exotique qui comme les agrumes peut occasionner des allergies chez certains des européens que
nous sommes .
En ce qui concerne la vigne, si de nombreux viticulteurs ont du mal à se séparer des fongicides,c'est aussi parce que les maladies (mildiou, oïdium)n'affectent pas seulement les rendements, mais
aussi la qualité organoleptique du produit . Et puis s'il faut du temps pour changer les mentalités,on ne change pas non plus de système et de mode de production du jour au lendemain . Il existe
néanmoins des exemples de viticulture bio qui finiront bien par faire école
En élevage bovin par contre ,il est clairement établi désormais qu'un système basé sur l'herbe est à la fois aussi rentable, beaucoup moins dépendant en matière de soja,et pratiquement libéré de
l'usage des pesticides .
Petite précision: si mes souvenirs sont bons la SAU (Surface Agricole Utile) comprend à la fois les surfaces cultivées et les prairies permanentes (non cultivables pour cause de relief ou d'excès
d'humidité, entre autre).


Nelly 31/01/2010 11:06


Bonjour
Oui les pesticides si intensément utilisés sont un obstacle à la préservation de la biodiversité dont l'humanité fait partie et dépend...
Ceci est une invitation à explorer nos sites
dont vous trouverez les adresses ci-dessous.
Et à soutenir l'action associative ...
car ENSEMBLE, on prend des forces !
Bien cordialement,

Nelly

http://www.hubertreeves.info
http://www.roc.asso.fr
http://www.objectif-biodiversite.org