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Pour qu'on n'oublie pas les otages et les liens du nucléaire français

7 Janvier 2011 , Rédigé par Isabelle Loirat Publié dans #Economie - Energies

 

Que deviennent les otages enlevés au Niger en septembre 2010 ?

 

Si vous aussi vous posez la question et faites quelques recherches, vous verrez rapidement qu’il y a foule d’informations au moment où les 7 salariés d'Areva dont 5 Français, un Malgache et un Togolais ont été enlevés au Niger, puis ensuite plus rien, mais vraiment rien jusqu’au 25 décembre dernier. Les familles ont décidé de sortir du silence – qui n’a pas ramené leurs proches – et se sont exprimées dans Ouest France et Le Monde pour « Que l’opinion n’oublie pas »."L'argument en faveur du silence tombe à plat." Moins on en parle, moins ils ont de chances de sortir de là bas.

 

En revanche on est surpris de la masse d’informations économiques disponibles  au sujet de l’augmentation de capital d’Areva, de l’ouverture de la succession d’Atomic Anne à la tête d’Areva, de contrats d’éolien offshore en Allemagne, de la vente d’EPR à l’Inde ou à la Chine jusqu’à la dernière pub à 12 M d’Areva.

J'ai eu envie de faire un point sur tout ça, car tout se tient, ce qui se passe sur une petite île de Finlande, les décisions prises à l'Elysées à Bercy, au Koweit, au Niger ou en Normandie, tout est lié. Ecolo, je ne suis pas allée uniquement prendre mes sources chez Greenpeace ou Sortir du Nucléaire, j'ai choisi d'aborder le sujet sous l'angle résolument économique, voire pire même boursier...

 

Souvenez-vous, le groupe nucléaire français Areva devait trouver beaucoup d'argent autour de 5 milliards,pour faire face au départ de Siemens, aux surcoûts de l’EPR (Olkiluoto en Finlande) et aux différents investissements nécessaires par exemple pour exploiter le gigantesque gisement d’uranium d’Imouraren au Niger.

 

D’où l’idée d’augmenter le capital d’Areva.

 

 "Les retards et autres dépassements de coûts ont conduit le groupe à passer 2,6 milliards de provisions pour le réacteur nucléaire qu'il construit en Finlande. Les investissements annuels dépassent les 2 milliards d'euros. Et le rachat des parts de Siemens coûtera 2 milliards supplémentaires d'ici à 2012. "

 « Areva a aujourd'hui besoin de capitaux supplémentaires. Sa dette nette atteignait 5,2 milliards d'euros fin juin, soit dix fois l'excédent brut d'exploitation attendu cette année.»

 

 

Mais pour son augmentation de capital, Areva a eu beaucoup de mal à attirer des fonds et ne peut finalement lever que 900 millions sur les 2 ou 3 milliards anticipés. Et encore seuls 600 millions ont été trouvés à l'extérieur, l'Etat devra en apporter 300. Cadeau de Noël obligatoire des Français au nucléaire.

  

"L’agence de notation a placé sous surveillance avec implication négative la note à long terme BBB+ d’Areva. La note à court terme A-2 est confirmée. S&P explique que l'augmentation de capital de 900 millions d'euros est inférieure à sa prévision qui était de 2,0 à 2,5 milliards d'euros." 

"Le groupe va créer plus de 27 millions d'actions au profit de l'Etat du Koweït et de l'Etat français... Dans ces conditions, l'attrait pour les titres en circulation risque de perdre de l'intérêt dans les jours à venir. Le timing ne semble donc pas opportun pour s'intéresser au certificat Areva."  

   

Et ce n’est pas fini car il y a de fortes chances pour qu'on remette la main au porte monnaie en 2011 car"L'Etat n'a pas exclu une deuxième levée de fonds en 2011"  

Tant qu'on ne change pas de stratégie le pot va continuer à fuir et les contribuables à le renflouer comme un vulgaire tonneau des Danaides.

 

Un échec donc mais pas seulement, une surprise aussi. Et de taille. 

 

Qui entre au capital du nucléaire français, du premier producteur d’uranium mondial ?

Un fonds souverain du Koweit ! Il apporte ces 600 millions en devenant ainsi le troisième actionnaire avec 4,8 % du capital du groupe.

 

Pourquoi un fonds koweitien ? Parce que c'est "le seul investisseur à s'être montré confiant dans les perspectives d'Areva jusqu'à présent".

 

Il a donc posé ses conditions à la France pour une cotation des actions d’Areva en bourse, qui s’est exécutée :

 

"L’Etat français s’est engagé à faire des efforts pour coter les actions du groupe avant la fin du premier semestre 2011, condition de participation du fonds koweitien. " Alain-Pierre Raynaud a indiqué que le fonds souverain du Koweït (KIA) avait la possibilité de sortir du capital si les actions Areva n'étaient pas cotées comme prévu d'ici à la fin du premier semestre 2011."

 

"Le groupe va créer plus de 27 millions d'actions au profit de l'Etat du Koweït et de l'Etat français...  Dans ces conditions, l'attrait pour les titres en circulation risque de perdre de l'intérêt dans les jours à venir. Le timing ne semble donc pas opportun pour s'intéresser au certificat Areva."  

 

Les actions pourront être souscrites du 3 au 14 janvier 2010.

 RV le 15 janvier pour les résultats.

 

Le risque de privatisation du secteur nucléaire est redouté par les syndicats à terme.

Bon on n'y est pas, le fonds koweitien n'aura pas plus de 5 %, mais ouvrir la porte à la privatisation du nucléaire est évidemment risqué.

Pensez vous que ce soit raisonnable de commencer peu ou prou à refiler des petits morceaux du nucléaire français ? Et à des « monarchies » pétrolières,  des Etats qui sans le pétrole n’existeraient pas, dont la pérennité même pourrait être remise en cause par l’épuisement de l’or noir. C’est le Général De Gaulle qui doit se retourner dans sa tombe.

 

Il a bien été question un moment de l’entrée de TOTAL, ou d'ALSTOM ou d'EDF mais "Participer à l'augmentation de capital d'Areva n'est pas à l'ordre du jour d'Alstom, a déclaré son PDG Patrick Kron."

 

Le Quatar s’est lui aussi montré intéressé, mais la condition était une prise de participation dans les mines d'uranium d'Areva."Les Qataris sont dans la même logique depuis le début : ce sont les mines qui les intéressent, et ils préfèreraient entrer par le bas, les mines, plutôt que par le haut, le groupe dans son ensemble".

Mais pas question de lâcher car ce qui rapporte c’est la vente d’uranium, les fameuses capsules, pas la construction, l'entretien ou le futur démantèlement des centrales.  

Si les états pétroliers commencent à investir dans le nucléaire, voilà bien un signe que nous avons atteint le « Peak Oil ».  

 

Bizarre qu’on n’ait pas trouvé un seul autre investisseur non ? Bill Gates ou Mark « Montagnedesucre », les têtes de la Silicon Valley, de Shangaï ou de Rio ou même Angelina Jolie  et Brad Pitt, ils n’en veulent pas du super truc nucléaire français « avec moins de CO2 » ?

 

"Les investisseurs de long terme ont de bonnes raisons de se montrer craintifs. A l'exception de la Chine, les capacités de production d'électricité nucléaire progressent faiblement dans le monde. Les réacteurs d'Areva de nouvelle génération sont trop onéreux pour de nombreux clients potentiels. La France a ainsi perdu un contrat à Abu Dhabi, se laissant distancer par l'offre moins chère remise par la Corée du Sud." 

 

Augmentation de capital d'Areva sur fond de règlements de comptes entre Anne Lauvergeon (Areva) et Henri Proglio (EDF), lequel voudrait bien accroître son influence sur Areva par une montée plus importante au capital, et G. Mestrallet (GDF) qui n’est pas d’accord et parce que le gazier lorgne lui aussi du côté du nucléaire.

Comment croire à une politique énergétique à long terme et cohérente si trois des géants nationaux de l’énergie ont comme unique horizon le cul-de-sac de la voie nucléaire au lieu de développer les énergies renouvelables ? Cul-de-sac parce que l’uranium est une ressource limitée et qu’il faudra bien faire demi-tour un jour.

 

« Passée inaperçue, l'audition le 14 décembre dernier de la patronne d'Areva par la commission des affaires économiques de l'Assemblée Nationale a été l'occasion pour elle de revenir sur le développement de son groupe, et plus généralement de la filière nucléaire française depuis l'échec cuisant de l'appel d'offres d'Abu Dhabi. Cet évènement avait en effet jeté une lumière crue sur les rivalités entre les PDG d'Areva et d'EDF, et sur le manque d'unité des grands acteurs énergétiques français...   « Mais elle s'est également montrée particulièrement combative, en tentant de prouver aux députés présents que l'échec sur l'appel d'offre géant d'Abu Dhabi pour 4 centrales nucléaires n'était ni le fruit d'une désorganisation calamiteuse de la filière française, ni celui d'une offre inadaptée, et encore moins lié au coût exorbitant de l'EPR. » 

 

Quand je lis ce matin que Areva, EDF et GDF vont essayer de vendre un réacteur à la Turquie et qu’on sait à quel point ces trois là s’entendent, je doute de l’issue.

 

http://www.lepoint.fr/economie/nucleaire-la-petaudiere-francaise-06-01-2011-127373_28.php

 

 

Billet déjà très long et... sans image, comme les voeux des élus MoDem , je reviendrai sur le problème des EPR.

 

En attendant, la succession d'"Atomic Anne" Lauvergeon est ouverte.

Son deuxième mandat à la tête d'Areva prend fin en juin 2011. Dossier à suivre.

 

 

Allez bonne année énergique ! Mais pas atomique... 

  





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