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« Une mer surélevée de cinq mètres » la parole aux géographes

3 Mars 2010 , Rédigé par Isabelle Loirat Publié dans #La Loire - la Mer - l'Eau

Hier je vous donnais le point de vue de Jean Renard sur ces inondations en Vendée et exprimais un souhait à la fin de mon billet : qu'on entende plus souvent les géographes.
C'est donc avec un grand plaisir que j'ai découvert ce matin dans Presse O une interview de Paul Fattal, directeur de l'Institut de Géographie de Nantes. Un grand Monsieur de la Géographie , j'ai eu la chance d'être une de ses étudiantes à l'Université de Nantes et je lui dois une partie de ma prise de conscience des enjeux environnementaux et de mon engagement en politique des années plus tard.



Interview.
Un quatrième facteur aurait contribué à accentuer la montée des eaux en Vendée.

« Une mer surélevée de cinq mètres »

Paul Fattal est directeur de l'institut de géographie et membre du laboratoire CNRS Géolittomer de l'université de Nantes.

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Paul Fattal : «La submersion est un phénomène naturel dans de nombreuses zones littorales» N Bourreau 


Paul Fattal est directeur de l'institut de géographie et membre du laboratoire CNRS Géolittomer de l'université de Nantes.


Existe-il des documents évaluant les risques d'inondation ?

 

« Oui. Ce sont les plans de prévention des risques. Bizarrement ils distinguent des zones dites inondables, non construites, et des zones pouvant être inondées, là où des constructions existent déjà. Pour nous, géographes, ces deux appellations recouvrent une même réalité : la submersion y est possible ».


Au nom de l'urbanisation on jouerait donc sur des subtilités administratives ?

« En tout cas cela pose problème ».


Peut-on estimer la périodicité avec laquelle peuvent survenir de tels événements climatiques ?

« Le dernier épisode remonte à 50-60 ans ce qui est très court à l'échelle de la planète et très long à l'échelle humaine. Leur répétition est totalement aléatoire ».


Sur l'origine du phénomène vous évoquez la présence d'un « quatrième élément »...

« À juste titre on a insisté sur trois facteurs : le fort coefficient de marée, la violence des vents et la dépression. Mais à L'Aiguillon et à La Faute on a oublié l'effet de goulot d'étranglement. Ce sont donc quatre et non pas trois paramètres qui ont contribué ici à l'élévation de la mer ».


A-t-on pu mesurer cette surcote ?

« Par rapport à une marée de même coefficient, mais sans les autres éléments météo, nous estimons qu'elle a été d'au mois cinq mètres dans le secteur vendéen ».


La qualité des digues est-elle en cause ?

« Elles ont été submergées. Elles ont aussi subi les coups de boutoir des vagues puis un affouillement à leur base lors du retrait des eaux. Cela les a fragilisées parfois jusqu'à la rupture ».


Existait-il un état des lieux de ces digues ?

« La DDE avait dressé un inventaire précis en 2008 signalant les secteurs à risque et les conséquences sur les biens et les personnes ».


Que faire, à court terme, pour éviter la répétition de tels drames ?

« Là où les constructions existent déjà il faut protéger et donc renforcer les digues. Il faut aussi vraiment informer les gens des risques qu'ils courent dans certaines zones. Enfin, il faut imposer des contraintes urbanistiques : la plupart des maisons vendéennes n'ont pas d'étage, donc pas d'échappatoires... ».


Et à plus long terme, là où il n'y a pas encore de constructions ?

« Il faut arrêter les hypocrisies et cesser de montrer du doigt les maires. C'est la société tout entière qui doit définir les risques qu'elle est prête à accepter, à charge pour l'État d'établir des règles et de les faire strictement appliquer ».


Ce qui signifie qu'il faut étendre les zones inconstructibles ?

« Il faut en tout cas imaginer les situations extrêmes comme celles que nous venons de connaître et se souvenir que la submersion est un phénomène naturel dans un grand nombre de zones littorales. C'est l'action de l'homme qui ne l'est pas toujours... ».

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Propos reccueillis parJean-Philippe Lucas 
Article paru mercredi 03 mars 2010

jean-philippe.lucas@presse-ocean.com


Repères


Les digues en France

Selon la secrétaire d'état à l'Écologie, Chantal Jouanno, il y a 7 000 à 10 000 km de digues en France, dont certaines ont été construites au XVIIe siècle. « Environ 1 000 km peuvent être considérés comme à risque », précise Chantal Jouanno. De son côté, la préfecture de Charente-Maritime chiffre à 135 millions d'euros le coût des réparations et du renforcement des digues du département endommagées par la tempête.

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