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Manifestion du 22 février 2014 à Nantes contre le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes

23 Février 2014 , Rédigé par Isabelle Loirat Publié dans #Aéroport Notre- Dame-des-Landes

 

J'étais hier à Nantes à la manifestation contre le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, laquelle a hélas dégénéré. Personne n'aura pu échapper aux images des débordements et affrontements entre les forces de l'ordre et des casseurs.

J'espère que ces violences que je condamne évidemment comme d'autres milliers de participants n'occulteront pas au final le fait que cette manifestation était d'abord un succès, la plus grande mobilisation jamais organisée par les associations d'opposants, rassemblant entre 40 ou 50 000 personnes selon les organisateurs, "20000 selon la préfecture" (à qui ça arrache toujours la langue de reconnaître le nombre réel d'opposants pacifiques à NDDL), et j'ai même entendu le chiffre de 60 000 manifestants ce matin sur Europe 1.      

 

Pourtant hier tout s'annonçait bien. Réveil par la bonne nouvelle sur France Inter d'un sondage IFOP annonçant plus de la moitié des Français maintenant opposée au projet d'aéroport : une humiliation médiatique pour les porteurs du projet qui ont tout fait pour maintenir le dossier dans l'ombre locale. 

 

Le succès de la manifestation était attendu par les uns et redouté au plus haut point par les autres, lesquels avaient mobilisé en masse les moyens de l'Etat1500 policiers et CRS (Ouest France 23 02 2014) venus de toute la France, le parcours des manifestants avait été interdit, toutes les lignes de tram avaient été coupées afin de rendre l'accès au centre ville encore plus difficile. Le Cours des 50 Otages, axe central et très large de Nantes (ancien cours de l'Erdre) d'habitude largement ouvert à toutes les manifestations avait été exceptionnellement interdit aux manifestants. Tout avait été fait pour dissuader, en vain, les citoyens de venir manifester. La tension était palpable hier dès le départ, toutes les rues étaient bloquées par des camions anti-émeutes, des grilles, des CRS casqués, armés, on se sentait coincés, encerclés de toute part, comme jamais auparavant à Nantes, une "ville en état de siège" dira Dominique Fresneau de l'ACIPA. Les plaisanteries fusaient dans les rangs : "oui, on est dans une grande ville de gauche !"    

 

Lorsque je suis arrivée vers 12 h 15 à la statue du Général de Gaulle,  la foule était déjà nombreuse. Nous avons pu suivre la manifestation tout le long de la rue de Strasbourg jusqu'au chantier de construction du nouveau carré immobilier Feydeau. A partir de là, vers 15 heures, les jets de gaz lacrymogènes nous ont obligé à quitter le cortège et trouver refuge dans les petites rues piétonnes du Bouffay après avoir franchi des barrages policiers avec fouille de sacs pour rejoindre la place du Pilori.

 

Les gaz lacrymogènes ont clairement contribué à disperser la foule des manifestants pour laisser la place à un face-à-face entre les forces de police et les casseurs. Et c'est là que ça a dégénéré. Tant que les manifestants étaient là en masse, les casseurs ne pouvaient pas se laisser aller. A un moment, quelqu'un s'en est pris à une vitrine d'une agence BNP de la rue de Strasbourg et immédiatement les manifestants ont crié "non, non" et le ou les casseurs ont cessé. A partir du moment où les gaz lacrymogènes avaient fait fuir les manifestants pacifiques, le face à face entre les casseurs et les forces de l'ordre, l'affrontement était inévitable.  

 

Alors que nous étions attablés au Fleming's pour donner des nouvelles à nos familles respectives et prendre des nouvelles de nos amis devant dans le cortège, un  camion de CRS en reculant beaucoup trop vite et maladroitement a heurté notre table et une chaise et si mon amie Sylvie Tassin sentant que le conducteur n'allait pas s'arrêter à temps n'avait eu le bon sens de se lever quelques secondes avant le choc, elle aurait été heurtée en même temps. Il y avait là 2 ou 3 policiers CRS présents, qui ont assisté, stoïques à l'incident.

 

Ensuite nous avons voulu rejoindre le square Daviais (Place de la Petite Hollande) où devait se terminer la manifestation. Alors que nous faisions la jonction avec les collègues de Sylvie Tassin dont Pierre Larrouturou, co-fondateur de Nouvelle Donne et la députée Isabelle Attard, devant la brasserie de La Bourse, j'ai vécu ma première charge (légère mais quand même ) de CRS. Au début je n'y croyais pas, ils ont surgi à quelques dizaines de mètres de nous, je me suis dit qu'ils n'allaient quand même pas nous foncer dessus mais nous contourner pour aller là où ils voulaient. Mais non, ils nous ont délibérément foncé dessus, et ce n'était pas pour me souhaiter une bonne fête ! Bousculée, je suis tombée avec mon vélo que je tenais à la main. Des mains bienveillantes nous ont alors happé vers l'intérieur d'un bar avec une poussette, une jeune femme Rom et un enfant qui se trouvaient là aussi, le patron du bar a tout de suite fermé la porte donnant sur la Place du Commerce, les gaz lacrymogènes commençaient à envahir la place du Commerce. 

 

Ensuite, j'avoue que je n'avais plus qu'une envie, rentrer chez moi, dégoûtée par la tournure des évènements, redoutant déjà le flot d'images négatives. Plus envie de marcher après 5 heures à piétiner, marcher sous le soleil ou la pluie, 10 minutes de vélo + tard, j'étais rentrée.

 

Après la tristesse, la colère froide contre ceux qui ont CASSE cette manifestation, pour en faire un carnage, au moins médiatique. Ces casseurs ne nous aident pas, ils font même le jeu des porteurs du projet. Il n'y avait pas besoin de casser quoique ce soit, la mobilisation était déjà un succès.  

 

Ce matin, à force d'entendre à longueur d'infos "le centre ville de Nantes a été saccagé"  j'avais décidé d'aller constater les dégâts.  

Quel soulagement de ne pas découvrir un "centre ville dévasté", rien de tel, à part bien sûr les deux "guérites" de la TAN brûlées à l'arrêt de tram  Commerce, mais pas de vitrines brisées partout, pas d'air de lendemain de G20 non plus.

Chapeau bas et félicitations à toutes les équipes de nettoyage et de réparation !

 

On peut même dire que tout était calme ce matin, chacun pouvait, contrairement à hier, circuler librement, plus aucun CRS, on ne se serait jamais cru dans la ville vue hier soir à la TV,  au lendemain d'une "guérilla urbaine".  

 

D'ailleurs, j'ai même aperçu François Blouvac, conseiller de Jean-Marc Ayrault à Nantes et aussi un petit peu à Matignon, tout sourire, ce matin, accompagné de quelques personnes dont la directrice de campagne de Johanna Rolland (candidate PS à la mairie de Nantes), sans doute soulagés de constater eux aussi que le centre ville de Nantes n'était pas si "saccagé" que cela.

Pour tout le monde, il est temps que ce projet s'arrête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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