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"Abus de pouvoir" : pourquoi j'ai aimé le livre de François Bayrou ?

23 Mai 2009 , Rédigé par Isabelle Loirat Publié dans #Lectures

 

Je viens d'en achever la lecture et j'ai envie de partager avec vous quelques-uns des passages que j'ai vraiment aimés. 


Tout d'abord on peut se demander pourquoi François Bayrou fait un tabac avec ce livre ?


Afficher l'image en taille réelleSans aucun doute, parce que, malgré le "bougisme" de la cible, le "chasseur démocratique, le poursuivant civique"  (voir page 186) vise le plus souvent très juste, et tel le médecin, il appuie là où ça fait mal !




Un exemple ? "L'information de la veille est déjà vieille"... Ainsi passent les vacances présidentielles, les limogeages présidentiels, les altercations présidentielles, les infractions présidentielles à la loi, l'une chassant l'autre." (page 185, chapître X : Les médias sous influence (page 169), "Il est une idéologie souterraine de la distraction du citoyen, à coup de peopolisation, pour que, surtout, il ne puisse s'intéresser à la réalité des décisions que l'on prend en son nom."  (page 15)

Au moment où je lisais ces lignes,  BFM TV, comme pour illustrer cette vérité, diffusait dans son journal un reportage sur une interview de Carla Bruni à Femme Actuelle, avec le couple présidentiel et leurs chiens émoustillés par le printemps. Ah ben ça, c'est une info importante "mon pote"
Des infos à 2 balles pour mieux distraire notre vigilance citoyenne et détourner ainsi notre attention de l'essentiel.


Mais  le passage que je préfère est celui où François Bayrou décrit le président Sarkozy  comme "l'enfant barbare " aux  "commandes de la belle pelle mécanique rutilante. Assis au volant, il fait vrombir le moteur, marche avant, marche arrière, il manoeuvre dans la maison, il joue avec le bras articulé. Et il déracine l'un après l'autre, ou il ébranle, les piliers qui font tenir la maison debout " (page 58)


"Il est enfant barbare en ce qu'il se croit tout-puissant, qu'il imagine que le monde commence avec lui et qu'il est à sa main"...  
(
page 57, chapitre l'Hyper)


J'aime aussi quand il en appelle à "la résistance des citoyens, à "l'obstination civique", "cet archipel de résistances qui va gagner"  au "chasseur démocratique" , "la grande coopérative civique" (pages 19, 20, 186, 189)

Sur la fonction présidentielle, j'ai retenu ce passage (page 54)
"
Il  [ le peuple de France ] n'a pas besoin de surhommes : il a besoin, dans cette fonction, de gens normaux, sages si possible, qui soient capables de penser non pas plus vite que les autres, en battant le record du monde du nombre de discours, de dossiers, soi-disant étudiés et tranchés dans la même journée, pas plus vite, mais plus profond.
Une présidente ou un président qui voie un peu plus loin que le bout de son nez, que le prochain Vingt Heures, que le prochain sondage et qui de surcroît - passez moi l'expression - parfois lui fiche la paix. Qui le laisse vivre, respirer, réfléchir et se forger une opinion sans qu'on lui en assène une, toute faite, dans l'excitation d'un discours de plus. Il n'a pas besoin d'un hyper-président, comme dit l'autre qui s'en glorifie. Il a besoin d'un président de confiance, non pas excité tous les jours, mais tous les jours attentif. Attentif aux temps, aux hommes, aux temps et aux signes des temps."

Il était bon que François Bayrou rappelle que " l'attitude de la France présidée par Jacques Chirac dans la période qui a précédé la guerre en Irak a porté notre pays, et tous les citoyens qui le forment à une unanimité, à une affirmation nationale sans précédent."

Et quand je lis que pour François Bayrou, il y a des "tarmacs d'aéroports" qui ne passent pas, je ne puis m'empêcher de penser au dossier NDDL... 

A fortiori lorsqu'il souligne que n'accordant "aucun crédit à l'histoire des armes de destruction massive qui servait de prétexte à l'attaque" il a "demandé qu'on auditionne les experts" comme nous le faisons ici avec les auditions des alternatives et contre-projets à NDDL.

Comment ne pas être d'accord avec lui lorsqu'il dénonce "une entreprise de confiscation de l'information en France, visant au contrôle des esprits et de l'opinion publique" 

" Il s'agit une fois pour toutes de débarasser les pouvoirs de la crainte qui les hantaient depuis des décennies : la crainte de l'enquête, l'emmerdeur qui va débusquer ce qu'on voulait cacher, le révéler au citoyen pour que sa réflexion mûrisse, et que l'indignation civique se construise, empêchant l'abus de se perpétuer."

Cela ne vous fait pas penser à quelqu'un ?
Mais si bien sûr ! Bernard Fourage, il est le seul citoyen à faire ce qu'il fait, tout ce travail au long cours d'enquête, d'étude et de recours.

Chapeau bas aussi pour le courage d'écrire les lignes suivantes à propos d'un sujet aussi chaud que redoutable : le nucléaire.

"Plus important : tout le monde pressent ce que vont être les grandes manoeuvres, prévisibles depuis longtemps, autour de la prise de contrôle, par Alstom interposé, du secteur du nucléaire civil en France. Le secteur le plus sensible, développé avec l'investissement de l'Etat et l'argent du contribuable, tombant sous le contrôle d'un seul groupe, aussi ouvertement connivent avec le président de la République, et aussi important dans les médias" (page 178, il s'agit de Bouygues et TF1). 

"Il est un dossier industriel qu'il faut surveiller, qui bout depuis des mois et des mois, qui peut constituer le môle central du réseau que je crains de voir naître. C'est le nucléaire civil, c'est Areva. Mesure-t-on ce que pourrait représenter pour l'équilibre démocratique et économique du pays la constitution d'un pôle qui réunirait Areva, Alstom, Bouygues, avec l'influence dans les médias que représenterait la propriété de TF1 ?
"Si le pouvoir passe à l'acte dans cette immense affaire, il faudra mener le combat : non plus le combat de citoyens.D'abord parce que le nucléaire civil en France, ce n'est pas leur affaire, c'est la nôtre...C'est la puissance publique qui l'a voulu, qui l'a construit. De ses mains, ou plutôt des nôtres. Nous sommes contribuables, nous comme usagers d'EDF, et payant la facture, nous comme électeurs. Ils n'ont pas le droit d'en faire une affaire privée, une affaire patrimoniale"


 

 


 

 

François Bayrou sait aussi reconnaître qu'il s'est parfois trompé, par exemple à propos de la loi Falloux et de la grande manif lorsqu'il était Ministre de l'Education (page 173) "j'étais le premier, sinon le seul responsable de ce qui m'arriva. J'avais voulu passer en force...J'avais bien mérité ce qui arriva,...j'avais sous estimé la portée symbolique".

Je terminerai par " Le premier des principes à reconquérir est la séparation des pouvoirs" (page 254, Il existe un autre chemin).

A méditer.
Je vous invite à lire "Abus de pouvoir" pour vous faire une idée par vous-même, plutôt que ce qu'en diront les " gratinés du fond du panier UMPS"
 

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Patricia 23/05/2009 21:20

Superbe livre et très joli commentaire! je partage tout à fait ces appréciations...Ah si tous les français pouvaient le lire!!!